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Nous sommes des femmes. Nous aimons la vie, et nous nous aimons. Quoi de plus normal, que deux êtres qui s'aiment. Nous savons même méler à notre amour, poésie, humour, tendresse et douceur. Nous existons telles que nous sommes, et ne demandons rien à personne... Sauf peut-être de ne plus être considérées comme différentes ...
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Je n'ai pas beaucoup de temps en ce moment, mais une petite vidéo quand même ...
Jolie chanson, "coming out" d'Alexis HK (Alexis HK, de son vrai nom Alexis Djoshkounian est un auteur-compositeur-interprète de chansons françaises ).
Ecrite pour un magazine lesbien. Merci Virginie de nous livrer une fois de plus tes écrits.
5 conseils pour clouer le bec à votre belle-mère !
Tout d’abord entendons-nous, lorsque je dis belle-mère, c’est un terme générique. Il peut aussi bien s’agir de votre douce môman que de votre tata Suzanne ou du cousin Gontran. Mais regardons les
choses en face, à moins d’être une odieuse privilégiée, nous possédons toutes, au sein de nos familles quotidiennes, au moins un spécimen de la catégorie que je m’engage à fustiger ici, à savoir
« les Bien-pensants ».

Pour commencer, je vous propose une rapide analyse comportementale de notre sujet, dans le but de cadrer mon propos. Tâchons donc de dresser, ici le portrait du Bien-pensant standard :
Très sociable, il vit généralement en groupe. Les membres d’une même horde se donnant entre eux le qualificatif « d’amis », mais on verra plus loin que cette caractéristique tient plus
du conformisme que de l’objectivité.
Son habitat est principalement rural, voire urbain, le Bien-pensant craint l’isolement qui a la particularité de lui taper sur le système. On a pu observer quelques cas d’individus solitaires
particulièrement agressifs, on parlera alors de « Bien pensant hargneux ».
Physiquement, le Bien-pensant n’affiche aucun signe distinctif, si ce n’est sa rigoureuse orthodoxie vestimentaire. Le mâle arborant généralement une toison sombre, alors que la robe de la
femelle se décline dans les tons pastel.
Son alimentation est variée : il peut être fin gourmet ou se réchauffer des boites de cassoulet. Mais, à moins d’une coupure de courant, il le fera à vingt heures, devant la télé. Il lui
arrive également de festoyer entre « amis ». Ces libations lui offrent périodiquement l’occasion de s’adonner à son occupation favorite : la médisance courtoise. Un sport qui
consiste sans en avoir l’air, à étaler sa supériorité tacite dans différents domaines : ameublement distingué, véhicule de haute cylindrée, vacances exotiques, enfants géniaux, etc.…
Côté reproduction, le Bien-pensant s’attache plus qu’en toute autre chose, à soigner une conformité sans tache. Il vit en couple stable sa vie durant et s’il lui arrive d’avoir des partenaires
d’appoint, il se gardera bien d’en faire état. Il répugne à parler de sa sexualité et protégera son intimité en toute circonstance.
Son comportement est grégaire. Le Bien pensant s’informera toujours de l’avis du troupeau avant de donner le sien. S’il est en désaccord avec le groupe, il signifiera son mécontentement d’un
pincement de lèvre significatif et n’ouvrira plus la bouche jusqu’à la fin du débat. Mais n’oubliez jamais que le Bien-pensant possède, comme l’enseignait un philosophe qui m’est
cher : « un avis sur tout et surtout un avis ! »

Voilà pour une rapide observation de cet animal étrange et pourtant si commun dans nos contrées. Vous en croisez quotidiennement un peu partout, mais ne craignez rien, le Bien-pensant est
rarement agressif hors de sa tanière. La rencontre fortuite ne présente donc le plus souvent aucun danger.
L’affaire se corse si la confrontation a lieu sur ses terres. Le Bien-pensant pouvant se montrer particulièrement pugnace lorsqu’il sent son territoire en danger. Or vous posséder une
caractéristique propre à aiguiser ses appréhensions : il vous arrive de dormir sans pyjama avec une personne du même sexe que vous. Lâchons le mot, vous êtes lesbienne !
Entendons-nous, le Bien-pensant n’est pas homophobe hors du clan familial. Car même s’il passe son temps à s’y intéresser, « les affaires des autres ne le regardent pas. »
Mais dans votre cas, la situation est différente, votre comportement déviant jette un voile d’opprobre sur ses propres gènes. Acculé, il n’aura d’autre choix que de passer à l’offensive.
Face à cette agression vous aurez deux options : le claquage de porte tonitruant ou… la contre-attaque incisive.
De prime abord, vous en prendre aux huisseries s’avérera certainement libérateur, surtout si vous parvenez à péter cette putain de porte vos fins ! Malheureusement, très vite,
viendra la frustration de ne pas avoir su profiter de l’occasion pour remettre ce sale con cet inconvenant à sa place.
Reste la riposte. Cependant, méfiez-vous ! Si vous en négligez la préparation, elle peut conduire à une insatisfaction plus grande encore. Le stress de la confrontation, l’inexpérience
en matière de conflit verbal, le regard ahuri de votre chérie vous exhortant au calme, toute cette pression d’un coup sur vos frêles épaules, peut déboucher sur à une débâcle majeure.
Bafouillages, manque d’éloquence, arguments incohérents, autant de pièges qui feront basculer la victoire dans le camp adverse.
Aussi, pour vous aider à préparer les joutes qui vous guettent au détour d’un prochain réveillon, je vous propose un florilège des adages bien-pensants, dans leurs luttes désespérées contre
l’atrophie des principes vertueux (suivit de suggestions pour une riposte que j’espère judicieuse.)
Prêtes ? Alors, c’est parti :
1. « L’homosexualité ce n’est quand même pas normal ! »
Remarquons l’insertion du « quand même » en milieu de phrase. Cela pourrait passer inaperçu, pourtant cette expression trahit à coup sûr une argumentation déficiente. Lorsque le
Bien-pensant en appelle à l’évidence, c’est qu’il est à bout de commentaire, profitez-en pour vous insérer dans la brèche. Avec l’entêtement d’un enfant qui veut sa réponse, persécutez-le de
« pourquoi » à répétition ! « Pourquoi pas normal ? ». Ne le lâchez pas, il succombera rapidement et piochera dans la liste suivante une nouvelle
« évidence ».
Notez au passage l’emploi du mot « normal ». Cet argument reviendra souvent dans les thèses bien-pensantes, pour qui anormalité est avant tout synonyme de non-conformité.
2. « L’homosexualité, ce n’est pas naturel ! »
Voici un principe élevé au rang de postulat par la nomenklatura bien-pensante d’obédience naturaliste. Se faisant nos scientifiques en herbes créent sans s’émouvoir un concept novateur : la
« non-naturalité » ! Présupposant par là, que sur notre bout de caillou perdu dans l’univers, on peut scinder les entités vivantes en deux classes distinctes : les naturelles
et les sur- naturelles. (Dans notre cas, disons plutôt les sous-naturelles !) Voilà un principe qui avait échappé à ce bon vieux Darwin et qui aujourd’hui encore, donnerait des maux de tête
à bien des anthropologues.
Quoi qu'il en soit, gonflez le torse et laissez votre narcissisme s’émouvoir : vous n’êtes pas naturelle !
3. « Il n’y a qu’à regarder les animaux : ils ne s’adonnent pas à ce genre de pratiques ! »
Nous voilà face à l’argument massue du Bien-pensant abonné à 20 millions d’amis : l’exemple salvateur de ces chers animaux, si « naturels » dans leur comportement, si vierges
d’« anormalité ». Exacerbant, par l’authenticité de leur existence sauvage, toute l’étendue de la perversion humaine et particulièrement, de la vôtre !
Alors là, laissez-moi vous le dire tout net : vous jouez sur du velours… Mais faites-moi plaisir, ne pérorez pas d’emblée ! Commencez par conforter votre Bien-pensant et
encouragez- le à réaffirmer encore une fois la pureté du règne animal. Une fois le Bien-pensant convenablement ferré, amenez doucement la ligne à vous : « À ton avis, chez combien
d’espèces de mammifères a-t-on observé des comportements homosexuels ? »
Laissez-le bafouiller un instant avant de porter l’estocade : « La dernière étude fait état de 1500 espèces ! »
Eh oui, il y a des baleines qui sont des phoques, des hyènes-gouines (mais si, on en connaît toutes au moins une !), des grandes folles rois de la jungle et des vaches brouteuses de
gazon…
Bien évidemment comme chez les humains ces pratiques sont minoritaires et donc rarement observées. Peut-on pour autant accuser ce brave Médor de perversion lorsqu’il renifle l’arrière-train de
son pote Rex ?
Votre Bien-pensant prétendra peut-être que oui, en ce cas prenez garde qu’à l’issue de votre conversation il ne défenestre pas « ce pédé de chihuahua », au prétexte que ses
comportements pervers ne sont pas un spectacle pour les gosses !
4. « Pour faire des enfants, il faut un homme et une femme ! »
Avec ce principe nous abordons un nouveau sujet : l’homosexualité prise comme nuisance à la reproduction de l’espèce. Alors là pas de panique, abondez dans le sens de votre Bien-pensant.
Effectivement pour faire des enfants, on n’a pas trouvé mieux que l’union des gamètes mâles et femelles. Dans la « nature » pour reprendre un terme cher à votre détracteur, on recense
multitudes de ces unions fécondes : il faut de l’eau et du soleil pour faire pousser les plantes et les arcs-en-ciel, une abeille et une fleur pour faire du miel, de l’herbe et une vache
pour faire le bon lolo qui nourrit les petits (d'ailleurs, cela fonctionne même si Margueritte est lesbienne ! Cf §3)
« Mais cela n’a aucun rapport, s’insurgera votre Bien-pensant en hochant vigoureusement du bonnet devant vos divagations ! »
« Exactement, cela n’a aucun rapport… », reprendrez-vous en poursuivant votre raisonnement : le fait de former une union féconde n’est porteur d’aucune logique
amoureuse ! Et chez les animaux, notamment les mammifères, la reproduction ne pousse généralement pas les parents à vivre en couple. Dans ce domaine, les mœurs humaines sont exceptions…
Il est probable que votre Bien-pensant réfute en bloc ce type d’arguments par trop ésotérique. Profitez-en pour lui demander la quantité approximative de rapports sexuels qu’il a entretenu
depuis la puberté. Cette question le plongera sans nul doute dans un mutisme indigné. Ne vous démontez pas et poursuivez en l’interrogeant sur le nombre d’enfants nés de ses prolifiques unions.
Inutile d’en rajouter, généralement le Bien-pensant aime faire les comptes, les chiffres parleront d’eux même…
5. « Si tout le monde était homosexuel, ce serait la fin de l’humanité ! »
Finissons par ces propos d’exceptions, proférés par un politicien Bien-pensant qui à mon grand regret ne se reconnaîtra pas, parce qu’il n’y a aucune chance qu’il lise Lesbia…
Ils expriment la crainte tant irrationnelle qu’immuable, de la disparition de l’espèce. L’humanité, déjà mise à mal par l’ozone troué, la bouffe transgénique et la prolifération des antennes de
téléphonie mobile, n’est pas dans sa meilleure forme. À ces fléaux, pourrait bien s’en ajouter un dernier qui nous conduirait sans nul doute à l’Armageddon des écritures :
« l’homosexualité universelle » !
Pour répondre à ce genre de balourdise, je vous propose un raisonnement par l’absurde.
Élevons cette théorie bien-pensante au rang de postulat et voyons quelles conclusions fascinantes on pourrait en tirer. Supposons donc, que du jour au lendemain, les humains s’adonnent tous aux
mêmes pratiques. Par exemple, imaginez que l’on poussât le métier de croque-mort à l’universel, qui resterait-il à enterrer ? Et si tout le monde était terroriste, mafieux ou président
? Ça ne serait pas dangereux pour l’humanité ?
Mais poursuivons, une intuition me souffle que nous ne sommes pas au bout de nos surprises :
Et si tout le monde était riche ? Qui irait bosser ? Et si tout le monde était esclave, qui tiendrait le fouet ? Et si tout le monde était footballeur, qui s’entretuerait dans les
gradins ?
Et si toute la planète vivait à l’européenne, avec une voiture, deux armoires de fringues et 350 kg de déchets par an et par personne, ne serait-ce pas un poil dangereux pour
l’humanité ?
Ce qui est sûr, c’est que le jour où le monde entier sera bien-pensant mesdames, il sera temps de pousser le métier d’astronaute à l’universel !
Voilà, j’espère que mon petit manuel du « savoir survivre en milieu bien-pensant » aura pu vous aider, même s’il est loin d’être exhaustif. Aussi n’hésitez pas à me confier vos petits
ou grands tracas avec la gent des homophobes ordinaires, comme le disait mon humoriste préféré : « Je saurais mettre ma verve au service de votre colère, pour défendre, s’il le
faut, la veuve contre l’orphelin ! »
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Si vous avez connaissance d'une sortie, une soirée, un événement, faites-le moi savoir !
Lors d'une soirée, Roméo rencontre Juliette (si, si). Au premier regard, ils tombent amoureux l'un de l'autre, et depuis, ne se quittent plus.
Nait un enfant, Adam. Mais rapidement, le couple se rend compte que leur bébé a un problème. Le diagnostique tombe, tumeur au cerveau. Maligne.
Commence alors une lutte pour la vie d'Adam. Le couple se bat et l'enfant aussi. Ils ne baissent pas les bras, et restent unis avec le soutien de leurs familles.
Fabuleuse leçon d'amour et de courage donnée par Valérie et Jérémie qui ne sont autres que les parents du petit Gabriel dont ils témoignent le combat.
Vous me direz, quel lien avec l"homosexualité féminine. C'est vrai, et pourtant, aussi surprenant soit-il, il y en a un. Ce film est beau, touchant et parfois très émouvant et j'ai adoré. Mais j'ai aimé surtout la sincérité du scénario, vrai dans toute son approche de la réalité.
A un tel point qu'on n'est absolument pas surpris lorsque l'on découvre, rapidement, que la mère de Roméo, femme d'un certain age, vit avec sa compagne qui se présente comme étant sa femme de la façon la plus naturelle qui soit.
Et j'ai aimé ce clin d'oeil, ni provocateur, ni voilé.
Juste là parce que c'est comme ça.
Frank peste dans les embouteillages. Il n’a pas prévu le rush des Parisiens pressés de s’évader pour aller respirer le vert du printemps hors de leur prison de bitume, en ce premier soir des
vacances de Pâques.
Il ne sera jamais à l’heure, merde !
S’il n’arrive pas à attraper Violette à sa sortie de l’université, sa soirée est compromise. Ça commence mal le romantisme. Ne serait-il pas plus facile d’admettre qu’il n’est simplement pas fait
pour ça ?
Il a bien essayé de la joindre mais son portable est coupé…
Dans les couloirs déserts de l’université, Violette traîne son pas lent. Elle n’est pas pressée de quitter cet endroit. Elle s’y sent au chaud, rassurée par les vieux murs épais de savoir qui la
protègent. Ici au moins, elle sait qui elle est, dehors c’est moins clair…Elle voudrait pouvoir passer les vacances comme ça, au calme. Elle a besoin de laisser ce qu’elle vient de vivre se
déposer en elle. Tout ça est trop rapide, trop violent. Elle finit tout de même par quitter son refuge, à regret, après avoir aimablement salué le gardien :
— « Bonnes vacances ! »
— « Oui, vous aussi ! »
Elle se dirige vers le métro. Sa tête bourdonne. Elle s’engouffre dans la station.
Elle pense qu’elle n’a pas envie de voir Frank, qu’elle voudrait d’être seule.
La rame arrive dans un fracas, poussant devant elle un air chaud qui empeste le caoutchouc tiède.
Peut-être devrait-elle le quitter…
Les portes s’ouvrent, déversant une foule pressée.
Oui, c’est ce qu’elle va faire.
Elle monte et saisit d’une main distraite la barre en aluminium.
C’est l’attitude la plus honnête, elle ne peut pas continuer ainsi, pas après cette nuit.
Elle sent la saleté grasse poisser sous ses doigts. Ses yeux la piquent de fatigue, elle les plisse douloureusement. La sonnerie retentit, annonçant le départ imminent.
« TUUUUUUUUUT……. »
Alors, inexplicablement, ce bruit lancinant a sur elle un effet inattendu. Elle sort de sa torpeur et plonge sur le quai, évitant de justesse de se faire prendre en sandwich par les battants qui
se referment.
Le métro s’ébranle et repart.
Elle marche vers la sortie, elle court.
Il faut qu’elle voie Julie.
Elle grimpe les escaliers.
Il faut qu’elle lui parle.
Elle débouche dans la rue et s’engouffre sur le boulevard.
Même s’il ne doit plus jamais rien y avoir entre elles, elles ne peuvent pas se quitter comme ça, sur un coup de fil inachevé.
Elle bouscule les passants sans excuses.
Elle arrive devant le cinéma. Elle s’arrête un instant, reprend son souffle, s’avance pour pousser la porte, lorsqu’une main s’abat sur son épaule.
— « Violette ! »
— « Frank ? ? »
— « Je suis si content de t’avoir trouvée, je n’espérais plus ! »
— « Mais… qu’est-ce que tu fais là ! »
— « Je t’expliquerai, viens. Quand je t’ai vu, j’ai jeté ma voiture n’importe où, je suis super mal garé, dépêche-toi ! »
Il la prend par la main et l’entraîne. Elle se retourne une dernière fois, juste le temps d’apercevoir la façade vieillotte du cinéma entre deux passants. Et, juste au dessus, la fenêtre aux
rideaux fermés, derrière laquelle, il y a quelques heures à peine…
Il est bientôt neuf heures, Julie est assise au milieu de la salle, seule. Enfin pas tout à fait, sur l’écran, Jean Gabin et Arletty se donnent la réplique en noir et blanc. Quai des brumes.
Elle se sent aussi sombre que l’air pesant qui l’enveloppe. Elle voudrait se fondre dans la toile, s’évader dans cet ailleurs virtuel où Violette n’existe pas, où tout n’est qu’image éphémère.
Elle voudrait être projetée, elle aussi, dans une autre vie, dans un autre film.
Sans le vouloir Julie a réveillé chez Violette un souvenir enfoui et douloureux. Mais Violette n’est pas la seule à endurer la présence de ses fantômes. Julie à son tour se trouve plongée dans
une douleur qu’elle a déjà connue.
Cette peur qu’elle a perçue dès qu’elle s’est sentie attirée par Violette, cette crainte sournoise qui s’est concrétisée, inévitable, comme l’issue d’un cauchemar récurant, cette panique qui, par
réflexe, lui a fait jeter son téléphone au loin. Toute cette angoisse porte un nom.
Celui de son premier amour. Celui de cette fille, qui malgré elle, l’avait amenée à admettre la vraie nature de son désir : les femmes.
Celle qu’elle avait aimé secrètement pendant des mois et dont elle avait espéré être aimée en retour. Elles qui étaient si proche, si semblables, elles dont la complicité était si évidente.
Progressivement, elle s’était enhardie, lui avait pris la main, l’avait serrée dans ses bras. Jusqu’au jour où pleine d’audace, elle avait tenté de l’embrasser. Mais elle avait été repoussée et
ce qu’elle avait lu dans les yeux de son amour d’alors, l’avait marquée au fer : reproche, rejet, dégoût.
Elle n’était pas un homme et l’intimité qu’elle convoitait lui était interdite…
Et voilà qu’encore une fois on la blâmait de ne pas posséder le précieux appendice et la dose de testostérone afférente, d’évidence incontournable à la conquête de la plupart des femmes…
Le rayon de lumière mouvante balaye l’écran. Julie voudrait se fondre dans cette matière inexistante, devenir un de ces simples photons inconscients, qui mêlé aux autres, sur cette toile magique,
fait naître l’émotion dans le cœur des spectateurs. Elle souhaiterait être lumière, elle n’est qu’ombre.
Le générique de fin défile, la musique est aigrelette.
Mais que vient donc y faire ce son strident ? Un téléphone ? Ici ?
Ça ne peut pas être le sien, il a rendu l’âme, lorsqu’elle la fracassé à terre tout à l’heure. Alors quoi ?
Elle se lève et farfouille sous les sièges. Deux rangées plus loin, elle découvre le fautif. Il se remet à sonner de plus belle.
— « Allô ? »
— « Super, je vois que quelqu’un l’a trouvé ! »
— « Hein ? »
— « Mon téléphone ! »
— « Ah ! … oui. »
— « Vous êtes au cinéma, non ? C’est là que j’ai dû l’oublier ! »
— « Oui, je l’ai trouvé sous un siège. »
— « Écoutez, je suis embêtée, j’ai un train à prendre, et j’ai absolument besoin de mon portable, vous pourriez me l’apporter à la gare ? Je vous paye le taxi ! »
— « Euh…Et bien, je… »
— « Allez, s'il vous plaît. Ça m’est arrivé à moi aussi d’avoir à rapporter son portable à quelqu’un. Et puis tiens, si vous voulez, je vous invite en voyage avec moi, j’ai un billet en
trop ! »
— « … Violette ?… C’est toi Violette ? »
— « Dépêche-toi, le compteur tourne ! »
Julie déboule dans le hall comme une affolée et échoue sur le sourire de Rosie qui la considère tendrement. Dans une main, elle tient un portable et dans l’autre un petit sac. Rosie sait quelque
chose, c’est évident.
Soudain Julie comprend. Elle revoit Rosie se faufiler dans la salle avant la fin du film….
— « C’est toi hein ? C’est toi qui as caché son portable dans la salle ? Et elle s’est servie du tien pour appeler ! »
Disant cela, elle pointe du doigt la main coupable de Rosie qui serre encore son téléphone.
Violette a voulu lui rejouer la scène de leur premier échange.
C’est comme dans un film, elle est enfin sur l’écran…
Mais qu’est-ce que je l’aime cette fille !
— « Dis-moi où elle est ! »
Rosie ne dit rien, il n’y a rien à dire. Elle sourit et lui tend le sac.
— « Tiens, je t’ai mis quelques affaires pour le voyage. Tu m’enverras une carte postale, hein ? Allez, file ! Il y a quelqu’un qui t’attend, juste là… »
Et du menton, elle lui désigne la rue où un taxi attend, portière ouverte.
Julie saisit le sac, embrasse violemment Rosie sur la joue et s’engouffre dans le taxi.
Violette est là, assise sur la banquette. Elle se ressaisit.
— « Tenez, voici votre portable. Ça tient toujours pour le voyage ? »
En guise de réponse, Violette la prend dans ses bras, s’enfouit dans son odeur et décide pour de bon qu’elle renonce à comprendre. Certains principes doivent être admis sans démonstration, on les
appelle des postulats. Son attraction pour Julie en est un.
Elles se regardent, leurs lèvres s’unissent, leurs langues s’enlacent et l’univers oublie un temps qu’il a été créé…
Le chauffeur du taxi, quant à lui, discerne indéniablement la palpabilité du cosmos, comme quoi la perception des choses ne dépend que du point de vue de l’observateur…
Il leur en fait part, gêné.
— « Hum…Mesdames ? »
— « Oui ? »
— « Où allons-nous ? »
Julie regarde Violette, interrogative. Elle lui rend un sourire.
— « À Venise. Mais, si ça vous fait trop loin, posez-nous à la gare de Lyon. »
Et merci encore Virginie !