Chronique de Virginie

Publié le par Timmette

Ecrite pour un magazine lesbien. Merci Virginie de nous livrer une fois de plus tes écrits.

 

5 conseils pour clouer le bec à votre belle-mère !

Tout d’abord entendons-nous, lorsque je dis belle-mère, c’est un terme générique. Il peut aussi bien s’agir de votre douce môman que de votre tata Suzanne ou du cousin Gontran. Mais regardons les choses en face, à moins d’être une odieuse privilégiée, nous possédons toutes, au sein de nos familles quotidiennes, au moins un spécimen de la catégorie que je m’engage à fustiger ici, à savoir « les Bien-pensants ».
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Pour commencer, je vous propose une rapide analyse comportementale de notre sujet, dans le but de cadrer mon propos. Tâchons donc de dresser, ici le portrait du Bien-pensant standard :
Très sociable, il vit généralement en groupe. Les membres d’une même horde se donnant entre eux le qualificatif « d’amis », mais on verra plus loin que cette caractéristique tient plus du conformisme que de l’objectivité.
Son habitat est principalement rural, voire urbain, le Bien-pensant craint l’isolement qui a la particularité de lui taper sur le système. On a pu observer quelques cas d’individus solitaires particulièrement agressifs, on parlera alors de « Bien pensant hargneux ».
Physiquement, le Bien-pensant n’affiche aucun signe distinctif, si ce n’est sa rigoureuse orthodoxie vestimentaire. Le mâle arborant généralement une toison sombre, alors que la robe de la femelle se décline dans les tons pastel.
Son alimentation est variée : il peut être fin gourmet ou se réchauffer des boites de cassoulet. Mais, à moins d’une coupure de courant, il le fera à vingt heures, devant la télé. Il lui arrive également de festoyer entre « amis ». Ces libations lui offrent périodiquement l’occasion de s’adonner à son occupation favorite : la médisance courtoise. Un sport qui consiste sans en avoir l’air, à étaler sa supériorité tacite dans différents domaines : ameublement distingué, véhicule de haute cylindrée, vacances exotiques, enfants géniaux, etc.…
Côté reproduction, le Bien-pensant s’attache plus qu’en toute autre chose, à soigner une conformité sans tache. Il vit en couple stable sa vie durant et s’il lui arrive d’avoir des partenaires d’appoint, il se gardera bien d’en faire état. Il répugne à parler de sa sexualité et protégera son intimité en toute circonstance.
Son comportement est grégaire. Le Bien pensant s’informera toujours de l’avis du troupeau avant de donner le sien. S’il est en désaccord avec le groupe, il signifiera son mécontentement d’un pincement de lèvre significatif et n’ouvrira plus la bouche jusqu’à la fin du débat. Mais n’oubliez jamais que le Bien-pensant possède, comme l’enseignait un philosophe qui m’est cher : « un avis sur tout et surtout un avis ! »

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Voilà pour une rapide observation de cet animal étrange et pourtant si commun dans nos contrées. Vous en croisez quotidiennement un peu partout, mais ne craignez rien, le Bien-pensant est rarement agressif hors de sa tanière. La rencontre fortuite ne présente donc le plus souvent aucun danger.
L’affaire se corse si la confrontation a lieu sur ses terres. Le Bien-pensant pouvant se montrer particulièrement pugnace lorsqu’il sent son territoire en danger. Or vous posséder une caractéristique propre à aiguiser ses appréhensions : il vous arrive de dormir sans pyjama avec une personne du même sexe que vous. Lâchons le mot, vous êtes lesbienne !
Entendons-nous, le Bien-pensant n’est pas homophobe hors du clan familial. Car même s’il passe son temps à s’y intéresser, « les affaires des autres ne le regardent pas. »
Mais dans votre cas, la situation est différente, votre comportement déviant jette un voile d’opprobre sur ses propres gènes. Acculé, il n’aura d’autre choix que de passer à l’offensive.

Face à cette agression vous aurez deux options : le claquage de porte tonitruant ou… la contre-attaque incisive.

De prime abord, vous en prendre aux huisseries s’avérera certainement libérateur, surtout si vous parvenez à péter cette putain de porte vos fins ! Malheureusement, très vite, viendra la frustration de ne pas avoir su profiter de l’occasion pour remettre ce sale con cet inconvenant à sa place.
 Reste la riposte. Cependant, méfiez-vous ! Si vous en négligez la préparation, elle peut conduire à une insatisfaction plus grande encore. Le stress de la confrontation, l’inexpérience en matière de conflit verbal, le regard ahuri de votre chérie vous exhortant au calme, toute cette pression d’un coup sur vos frêles épaules, peut déboucher sur à une débâcle majeure. Bafouillages, manque d’éloquence, arguments incohérents, autant de pièges qui feront basculer la victoire dans le camp adverse.
Aussi, pour vous aider à préparer les joutes qui vous guettent au détour d’un prochain réveillon, je vous propose un florilège des adages bien-pensants, dans leurs luttes désespérées contre l’atrophie des principes vertueux (suivit de suggestions pour une riposte que j’espère judicieuse.)
Prêtes ? Alors, c’est parti :

1. « L’homosexualité ce n’est quand même pas normal ! »
Remarquons l’insertion du « quand même » en milieu de phrase. Cela pourrait passer inaperçu, pourtant cette expression trahit à coup sûr une argumentation déficiente. Lorsque le Bien-pensant en appelle à l’évidence, c’est qu’il est à bout de commentaire, profitez-en pour vous insérer dans la brèche. Avec l’entêtement d’un enfant qui veut sa réponse, persécutez-le de « pourquoi » à répétition !  « Pourquoi pas normal ? ». Ne le lâchez pas, il succombera rapidement et piochera dans la liste suivante une nouvelle « évidence ».
Notez au passage l’emploi du mot « normal ». Cet argument reviendra souvent dans les thèses bien-pensantes, pour qui anormalité est avant tout synonyme de non-conformité.
2. « L’homosexualité, ce n’est pas naturel ! »
Voici un principe élevé au rang de postulat par la nomenklatura bien-pensante d’obédience naturaliste. Se faisant nos scientifiques en herbes créent sans s’émouvoir un concept novateur : la « non-naturalité » ! Présupposant par là, que sur notre bout de caillou perdu dans l’univers, on peut scinder les entités vivantes en deux classes distinctes : les naturelles et les sur- naturelles. (Dans notre cas, disons plutôt les sous-naturelles !) Voilà un principe qui avait échappé à ce bon vieux Darwin et qui aujourd’hui encore, donnerait des maux de tête à bien des anthropologues.
Quoi qu'il en soit, gonflez le torse et laissez votre narcissisme s’émouvoir : vous n’êtes pas naturelle !
3. « Il n’y a qu’à regarder les animaux : ils ne s’adonnent pas à ce genre de pratiques ! »
Nous voilà face à l’argument massue du Bien-pensant abonné à 20 millions d’amis : l’exemple salvateur de ces chers animaux, si « naturels » dans leur comportement, si vierges d’« anormalité ». Exacerbant, par l’authenticité de leur existence sauvage, toute l’étendue de la perversion humaine et particulièrement, de la vôtre !
Alors là, laissez-moi vous le dire tout net : vous jouez sur du velours… Mais faites-moi plaisir, ne pérorez pas d’emblée ! Commencez par conforter votre Bien-pensant et encouragez- le à réaffirmer encore une fois la pureté du règne animal. Une fois le Bien-pensant convenablement ferré, amenez doucement la ligne à vous : « À ton avis, chez combien d’espèces de mammifères a-t-on observé des comportements homosexuels ? »
Laissez-le bafouiller un instant avant de porter l’estocade : « La dernière étude fait état de 1500 espèces ! »
Eh oui, il y a des baleines qui sont des phoques, des hyènes-gouines (mais si, on en connaît toutes au moins une !), des grandes folles rois de la jungle et des vaches brouteuses de gazon…
Bien évidemment comme chez les humains ces pratiques sont minoritaires et donc rarement observées. Peut-on pour autant accuser ce brave Médor de perversion lorsqu’il renifle l’arrière-train de son pote Rex ?
Votre Bien-pensant prétendra peut-être que oui, en ce cas prenez garde qu’à l’issue de votre conversation il ne défenestre pas « ce pédé de chihuahua », au prétexte que ses comportements pervers ne sont pas un spectacle pour les gosses !
4. « Pour faire des enfants, il faut un homme et une femme ! »
Avec ce principe nous abordons un nouveau sujet : l’homosexualité prise comme nuisance à la reproduction de l’espèce. Alors là pas de panique, abondez dans le sens de votre Bien-pensant. Effectivement pour faire des enfants, on n’a pas trouvé mieux que l’union des gamètes mâles et femelles. Dans la « nature » pour reprendre un terme cher à votre détracteur, on recense multitudes de ces unions fécondes : il faut de l’eau et du soleil pour faire pousser les plantes et les arcs-en-ciel, une abeille et une fleur pour faire du miel, de l’herbe et une vache pour faire le bon lolo qui nourrit les petits (d'ailleurs, cela fonctionne même si Margueritte est lesbienne ! Cf §3)
« Mais cela n’a aucun rapport, s’insurgera votre Bien-pensant en hochant vigoureusement du bonnet devant vos divagations ! »
« Exactement, cela n’a aucun rapport… », reprendrez-vous en poursuivant votre raisonnement  : le fait de former une union féconde n’est porteur d’aucune logique amoureuse ! Et chez les animaux, notamment les mammifères, la reproduction ne pousse généralement pas les parents à vivre en couple. Dans ce domaine, les mœurs humaines sont exceptions…
Il est probable que votre Bien-pensant réfute en bloc ce type d’arguments par trop ésotérique. Profitez-en pour lui demander la quantité approximative de  rapports sexuels qu’il a entretenu depuis la puberté. Cette question le plongera sans nul doute dans un mutisme indigné. Ne vous démontez pas et poursuivez en l’interrogeant sur le nombre d’enfants nés de ses prolifiques unions. Inutile d’en rajouter, généralement le Bien-pensant aime faire les comptes, les chiffres parleront d’eux même…

5. « Si tout le monde était homosexuel, ce serait la fin de l’humanité ! »
Finissons par ces propos d’exceptions, proférés par un politicien Bien-pensant  qui à mon grand regret ne se reconnaîtra pas, parce qu’il n’y a aucune chance qu’il lise Lesbia…
Ils expriment la crainte tant irrationnelle qu’immuable, de la disparition de l’espèce. L’humanité, déjà mise à mal par l’ozone troué, la bouffe transgénique et la prolifération des antennes de téléphonie mobile, n’est pas dans sa meilleure forme. À ces fléaux, pourrait bien s’en ajouter un dernier qui nous conduirait sans nul doute à l’Armageddon des écritures : « l’homosexualité universelle » !
Pour répondre à ce genre de balourdise, je vous propose un raisonnement par l’absurde.
Élevons cette théorie bien-pensante au rang de postulat et voyons quelles conclusions fascinantes on pourrait en tirer. Supposons donc, que du jour au lendemain, les humains s’adonnent tous aux mêmes pratiques. Par exemple, imaginez que l’on poussât le métier de croque-mort à l’universel, qui resterait-il à enterrer ? Et si tout le monde était terroriste, mafieux ou président ? Ça ne serait pas dangereux pour l’humanité ?
Mais poursuivons, une intuition me souffle que nous ne sommes pas au bout de nos surprises :
Et si tout le monde était riche ? Qui irait bosser ? Et si tout le monde était esclave, qui tiendrait le fouet ? Et si tout le monde était footballeur, qui s’entretuerait dans les gradins ?
Et si toute la planète vivait à l’européenne, avec une voiture, deux armoires de fringues et 350 kg de déchets par an et par personne, ne serait-ce pas un poil dangereux pour l’humanité ?

 Ce qui est sûr, c’est que le jour où le monde entier sera bien-pensant mesdames, il sera temps de pousser le métier d’astronaute à l’universel !

Voilà, j’espère que mon petit manuel du « savoir survivre en milieu bien-pensant » aura pu vous aider, même s’il est loin d’être exhaustif. Aussi n’hésitez pas à me confier vos petits ou grands tracas avec la gent des homophobes ordinaires, comme le disait mon humoriste préféré : « Je saurais mettre ma verve au service de votre colère, pour défendre, s’il le faut, la veuve contre l’orphelin ! »
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